Le chant de l'extinction, 2025-2026

Ce projet s’inscrit dans un temps long, celui de l’observation d’une érosion en cours. Fragment après fragment, se constitue une sonothèque silencieuse : une archive des sons de la biophonie, peu à peu recouverts par les activités humaines et leur anthropophonie. L’éco-acousticien Jérôme Sueur nomme ce phénomène l’« ensilencement du vivant ».

Changements climatiques, bétonisation, agriculture et élevage intensifs, incendies, extractions, pollutions multiples, déforestations... perturbent les équilibres du vivant. À ces bouleversements s’ajoute la pollution sonore humaine et technophonique, qui couvre les chants et les signaux acoustiques des espèces.
Essentielle à leur reproduction, leur orientation, leurs déplacements et leur alimentation, la communication sonore est indispensable à leur survie. Ce brouillard acoustique fragilise ainsi les écosystèmes terrestres et marins jusqu'à participer à leur extinction.

En écho au travail de l’audio-naturaliste Fernand Deroussen, qui enregistre les sons du vivant depuis des décennies et a fait don d’une partie de son travail au Muséum National d’Histoire Naturelle, cette iconothèque teintée de « solastalgie » constitue une mémoire visuelle de ce qui a été tu. Conceptualisée par le philosophe Glenn Albrecht en 2003, la solastalgie désigne la détresse éprouvée face à la dégradation de son environnement familier. Elle mêle ici tristesse, colère, déni et désarroi face à la perte des paysages sonores et visuels.

Archiver la diversité acoustique, mais aussi son extinction, devient une manière de résister à l’effacement du vivant et d’interroger l’emprise humaine sur toutes les dimensions de la vie sensible.

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